dimanche 31 mars 2013

le mystère de la vie


Depuis l'aube de l'humanité, la vie est une source d'interrogations et de mystères. Pour nos ancêtres, elle trouvait son origine dans l'inanimé. Aristote (384-322 avant J.-C.) pensait que les êtres vivants naissaient d'organismes identiques, ou qu'ils apparaissaient spontanément de la matière inerte. Dans ses écrits, il décrivait la vie comme surgissant des boues ou des matières en décomposition sous la forme de mouches ou de vers. Selon lui, il existait dans toute chose un principe "passif" constitué par la matière et un principe "actif" qui lui donne sa forme.

De l'antiquité à la renaissance, cette conception du vivant n'a ensuite guère évolué. Transmise par plusieurs générations de prestigieux scientifiques et penseurs, la "génération spontanée" fut longtemps considérée comme la seule explication logique et conforme aux enseignements de l'église. Ainsi, quand les scientifiques parlaient des êtres vivants, ils les décrivaient comme des combinaisons de matières et de formes où seules ces dernières caractérisaient la vie. Si un organisme mourrait, les formes disparaissaient, alors que la matière, elle, perdurait. C'était la nature qui était responsable de l'organisation de la matière sous la direction divine. De la même manière que lorsque nous observons une statue, nous savons qu'elle a été conçue par un sculpteur, les êtres vivants résultaient de l'action d'une puissance suprême qui avait décidé de créer le monde et d'y donner la vie.

Ce n'est que bien plus tard, dans la seconde moitié du seizième siècle, que vont commencer à s'effriter les fondations de cette croyance. L'esprit critique des scientifiques de l'époque associé à une observation plus méthodique de la nature allaient progressivement favoriser l'essor des sciences dites "exactes". Le dix-septième siècle se retrouvait dès lors dans un univers où la terre avait délaissé son rôle principal. Cet univers, dirigé par les lois de la mécanique et du calcul, renversait les vieux préceptes hérités des grecs. Il n'existait plus aucune raison de réserver une place spécifique aux êtres vivants. Comme le reste de la nature, ils pouvaient être expliqués en étudiant la grande mécanique de l'univers. Ainsi, René Descartes écrivait1 : "Lorsqu'une montre marque les heures par les moyens dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu'il n'est à un arbre de produire des fruits". Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, notre conception du vivant se prolongeait ainsi dans l'inanimé. Il n'y avait plus de distinction fondamentale entre le vivant et le non-vivant. Selon le Comte de Buffon2(1707-1788), nous pouvions "descendre par degrés insensibles de la créature la plus parfaite jusqu'à la matière la plus informe, de l'animal le mieux organisé jusqu'au minéral le plus brut". Pourtant, malgré ces avancées, les plus illustres savants et philosophes continuaient à accepter l'idée des générations spontanées.

A l'aide d'un microscope rudimentaire, le hollandais Van Leeuwenhoek (1632-1723) découvrait le monde invisible des micro-organismes jusqu'à lors insoupçonné. Mais il fallut encore attendre les travaux de Louis Pasteur (1822-1895) pour aboutir à une démonstration irréfutable : l'apparition des vers, mouches et autres miasmes, n'étaient due qu'à la présence des germes microbiens qui pullulent partout dans notre environnement. Ainsi, toutes les générations spontanées résultaient simplement de la contamination par des germes apportés de l'extérieur.
A la même époque, en 1859, Charles Darwin (1809-1882) publia un livre intitulé "l'origine des espèces". Cet ouvrage modifia profondément la pensée scientifique et philosophique. La thèse de Darwin rompait définitivement avec l'idée des générations spontanées en proposant une évolution lente et progressive des espèces qui descendent les unes des autres. Cette position devint, au cours des années 1930, le néo-darwinisme avec le rapprochement du principe de sélection naturelle cher à Darwin et du principe héréditaire initialement proposé par Grégor Mendel (1822-1884), un moine augustin autrichien.

La découverte de la structure de l'ADN (Acide Désoxyribo-Nucléique) par les américains Watson et Crick, en 1953, a abouti ensuite à ce qu'il convient d'appeler la théorie synthétique de l'évolution. Celle-ci représente aujourd'hui la pensée dominante au sein de la communauté scientifique. Pourtant, cette théorie semble bien plus étroite que Darwin ne l'avait lui-même envisagée et elle fait l'objet de nombreuses controverses : la théorie des équilibres ponctués ou celle de la dérive naturelle en sont deux exemples. Même si la majorité des chercheurs considèrent le mécanisme de la sélection naturelle comme une base théorique solide, les contraintes strictes imposées par la théorie synthétique se relâchent peu à peu pour admettre d'autres modes évolutifs ou des interprétations originales à l'instar du gène égoïste. Malheureusement, cette remise en question a également permis la résurgence de théories pseudo-scientifiques, comme le "créationnisme scientifique". Les adeptes de cette thèse prônent une adhésion totale au texte de la Genèse qui débouche sur un débat théologique manifestement hors sujet.

Quoiqu'il en soit, la vie est bien le résultat incontestable de plusieurs milliards d'années d'évolution et elle continue à évoluer sous nos yeux. Plus que jamais, à l'aube du troisième millénaire, l'évolution du vivant et sa nature profonde sont au coeur des débats scientifiques et philosophiques. Qu'est-ce que la vie ? Quelles sont les origines de la vie ? Par quels mécanismes la matière a-t-elle gravi les échelons vers des niveaux supérieurs d'organisation ?

Chaque "honnête homme" cherche des réponses à sa manière. Les scientifiques scrutent les étoiles, observent l'infiniment petit des particules, ou reconstituent les restes fossilisés des dinosaures. Pour notre part, nous utiliserons un outil d'investigation aujourd'hui à la portée de tous : l'ordinateur. Grâce à cet outil extraordinaire, nous tenterons d'apporter un éclairage nouveau à ces interrogations. Au travers de modèles simples, nous observerons et nous analyserons ce que nous imaginons être les mécanismes fondamentaux à l'origine de la complexité et de l'évolution du vivant. 
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